« La faculté de désobéissance civile« . Voilà, selon Nicolas Diaz, webmaster pour la FIDH, la caractéristique partagée par les membres d’ONG, les hackers et les hacktivistes. Cependant, un fossé demeure toujours entre ces deux entités qui, alliées, pourraient faire des miracles. Quelles sont les raisons de cette situation et comment changer les choses? Voilà les questions qui ont été soulevées lors de la conférence organisée par l’Agence Limite dans les locaux de Médecins du Monde, une soirée avec des intervenants et un public des plus hétéroclites, qui pose les bases d’une entente future.
Tout d’abord, posons les bases : qu’est ce qu’un hacker? Le mot fait peur, il fait « rebelle et hors-la-loi ». Comme l’observe Morgane Tual, journaliste pour Youphil, le hacker est stigmatisé par les médias et devient, par là même, moins recommandable auprès des ONG. Au final, un hacker est un « bidouilleur pour le bien », le principe du hack étant de détourner un objet technique de son usage premier. Selon Nicolas Diaz, hacker, c’est combattre l’opacité des objets numériques pour produire de la connaissance, le maître mot de toutes ces définition.
On peut alors se demander pourquoi hackers et ONG ne sont pas encore la base d’une nouvelle action mondiale. En effet, comme l’affirme Clémence Lerrondeau, social media manager chez Greenpeace, ces deux entités ont une « passion commune pour la vérité ». En plus de cet « ADN commun », ils partagent des problématiques : les problèmes de langue, d’évaluation des besoins, d’adaptation à chaque population. Le fossé qui les sépare semble donc être structurel et technique : d’un côté, les ONG sont encore engoncées dans leur structure en « cathédrale », une « hiérarchie de la lourdeur », où la moindre décision peut prendre des mois à être validée. De plus, les ONG, en tant qu’organisations, sont sous la coupe de la loi française et sont donc « attaquables », rendant la moindre action risquée. De l’autre côté, les hackers adoptent, selon Okhin, membre de Telecomix, une « structure en chaos », organisation qu’il est difficile de maintenir sur une grande échelle. Concernant l’aspect technique, l’écart est extrême entre les hackers et l’hypertechnicité de leur activité et les ONG qui commencent tout juste à se plonger dans le bain du numérique.
Cependant, des liens commencent à se tisser entre « techniques de hackers » et buts des ONG, à travers l’hacktivisme. Gaël Musquet nous a présenté deux de ses projets se trouvant à la lisière des deux entités. Le premier, OpenStreetMap, est destiné à cartographier de manière simple et claire toutes les zones du globe, même celles qui sont protégées par des embargos politiques ( la Jordanie et la Corée du Nord interdisent le GPS par exemple). Le projet compte plus de 540 000 contributeurs à ce jour et s’appuie sur les populations locales pour trouver des moyens simples d’avoir un oeil éclairé sur la géographie. Il existe aussi les Crisis Camp, reprenant le principe du Barcamp mais tourné vers la résolution de crises ponctuelles, aussi bien dues à des catastrophes naturelles qu’à des guerres. Ces regroupements sont des moyens de faire se croiser les connaissances de chacun.
Ainsi, cette conférence fut un succès, un réel lien tissé vers l’avenir entre deux entités que finalement peu de choses opposent. Les outils sont maintenant entre les mains de chacun parce que, ne l’oublions pas, au final, on est tous un peu des « hacktivistes ».

